BIM World 2025 : des progrès, mais la promesse du BIM n’est pas encore totalement tenue

Le stand du groupe Bouygues au salon BIM World 2025 Porte de Versaille à Paris. © PP

BIM World | Jumeaux Numériques, le principal évènement leader en matière de construction numérique, s’est tenu les 2 et 3 avril 2025 à Paris Expo Porte de Versailles, dans les halls 5.2 et 5.3.




BIM World | Jumeaux Numériques a été l’occasion de mettre en avant de nets progrès en ce qui concerne l’échange de données entre participants à l’acte de construire et entre les logiciels qu’ils utilisent. Collaboration signifie avant tout que tous les outils utilisés dans le monde du bâtiment et du Génie Civil sont capables de récupérer les données issues de Revit, le logiciel phare d’Autodesk. Mais Nemetschek, rival d’Autodesk, a mis en scène la puissance de ses solutions et la simplicité de la collaboration entre elles.

 

BIM-BAM-BOOM, un exposant a osé. C’est un normand, revendeur de solutions logicielles d’Autodesk, spécialisé sur la solution Revit et qui a fait la promotion du BIM, pendant 4 ans, quand celui-ci n’était pas encore connu. Aujourd’hui, BIM-BAM-BOOM emploie une dizaine de personnes, réalise des audits BIM pour les entreprises qui veulent s’y mettre, se charge de l’implantation des logiciels nécessaires et des formations à leur utilisation. L’entreprise assume également le rôle de BIM Manager pour des projets de construction et réalise des modèles BIM complexes avec les paramètres et les informations nécessaires à la réussite du projet. © PP

 

 

 

Qu’est-ce que le BIM ?

Le BIM ou Building Information Modeling est une méthode de travail qui repose sur une maquette numérique avec une représentation 3D de l’ouvrage. Mais cette maquette numérique est surtout une base de données : chaque élément sur la maquette comporte de nombreuses données associées. L’idée est que les différents softwares de métiers, depuis l’outil de conception CAD de l’architecte, en passant par les logiciels de calcul de structure, de calcul et de simulation thermique, jusqu’aux logiciels d’exploitation vont utiliser et peu à peu enrichir cette maquette numérique. Les différents outils échangent cette maquette au format IFC (Industry Foundation Classes), un format d’échange de données ouvert, non-propriétaire.

 

 

 

IFC4

Les IFC structurent, organisent et hiérarchisent les informations. Depuis mars 2013, nous en sommes à la version IFC4, enrichie en juillet 2015 et en juillet 2016, tandis que les IFC version 5 sont encore en développement. L’idée est que les différents participants à un projet de construction se transmettent la maquette numérique en IFC4, leur soft reconnaît les informations, s’en sert pour ses propres calculs, l’enrichit de ses apports spécifiques et la passe à un autre acteur. Cette description est encore une promesse. Nous avons progressé depuis des années, mais tout est encore loin d’être parfait. 

Par exemple, selon les éditeurs de calcul thermique, de simulation thermique et de calcul réglementaire, les outils de CAD ne fournissent pas encore toutes les informations nécessaires à travers une maquette au format IFC. Notamment, indiquait Bruno Slama, dirigeant de BBS-Slama, éditeur du logiciel ClimaWin, les logiciels de CAD ne savent toujours pas dire ce qui, dans une pièce, se trouve derrière la cloison : un espace chauffé, rafraîchi, non-chauffé, … Autant d’informations nécessaires pour un calcul thermique ou règlementaire, mais que l’on ne peut pas extraire automatiquement d’un fichier IFC issu d’un logiciel de CAD. Bref, il reste encore des renseignements à entrer à la main.

 

Au BIM World 2025, Nemetscheck présentait 14 solutions logicielles, dont Graphisoft et Archicad son logiciel phare, ALLPLAN, BLUEBEAM, CREMSOLUTION, dRofus, dTwin, gocanvas, %MAXON, NEVARIS, IRISA, SOLIBRI, SPACEWELL et Vectorworks, plus IMERSON, le logiciel d’une start-up norvégienne dans laquelle le groupe a investi. © PP

 

 

 

La mise en scène des échanges de données

Au salon BIM World 2025, le gros des démonstrations, outre celles des principaux outils de CAD (Computer Aided Design ou CAO en Français pour Conception Assistée par Ordinateur) portait sur les solutions de collaboration, de vérification et d’échanges de données. 

Sur le stand Nemetscheck, juste face à l’entrée, nous avons commencé par le vénérable, mais toujours dynamique Archicad qui, naturellement, importe et exporte de l’IFC4 et les versions antérieures. Depuis la version 27, Archicad contient l’outil "variantes de conception" : le concepteur crée des variantes à partir de son design initial, les stocke, les propose à ses clients, aux entreprises, sélectionne celles qui conviennent le mieux. Si, lorsque la conception avance avec l’apport des corps d’états technique, par exemple, une difficulté surgit, comme une collision, il revient à sa bibliothèque de variantes, en choisit une autre qui ne présente pas cette difficulté, … Archicad, sans être un logiciel de conception de structure, possède désormais un outil capable de réaniler l’analyse structurelle d’une maquette numérique, puis de l’envoyer vers des logiciels de calculs de structures.

 

Archicad en est à la version 28, la 29e sortant en octobre prochain. La version 28 fait déjà appel à l’IA avec des "prompts" (ordres ou commandes). Par exemple, on peut demander à l’IA assistant : "isole-moi ma structure", et il proposera plusieurs solutions. L’IA est également utilisée pour la génération d’images, sans modifier la maquette. © Graphisoft

 

 

Archicad contient toujours l’outil de conception d’escalier, un succès majeur qui facilite considérablement la conception d’escaliers de toutes sortes, du plus simple en maison individuelle au plus ornemental en tertiaire. © Graphisoft

 

 

Archicad comporte également un outil de conception MEP (Mécanique, Electricité, Plomberie) depuis sa version 23. C’est une extension développée pour l’interface utilisateur d’Archicad qui prend en charge la création 2D et 3D des réseaux d’eau, de chauffage, de climatisation, d’évacuation, d’électricité, les gaines de ventilation, etc. La fonction Détection de collision intégrée d'ARCHICAD permet de vérifier les conflits éventuels entre deux catégories d'éléments, par exemple entre les éléments de construction structurels et les éléments MEP définis par le concepteur avec le Modeleur MEP ou les éléments MEP importés à partir du modèle IFC d'un consultant en fluides. © Graphisoft

 

 

Sur son stand, Nemetschek présentait aussi dRofus, un logiciel de gestion des exigences, liées au BIM. Par exemple, il est capable, dans chaque local d’un projet bâtiment, de lire les exigences – les performances à atteindre, l’équipement qui doit y être installé, etc. – et les compare avec les données de références pour mettre en relief les écarts. Il est capable de travailler à partir des IFC, des formats natifs d’Archicad et de Revit, mais pas encore de ceux de Allplan et de Vectorworks. dRofus fonctionne soit en version locale , soit en tant qu’application full-web à travers un navigateur internet. © PP

 

 

 

 

Autre logiciel présenté sur le stand Nemetscheck, Bluebeam gère la collaboration en temps réel entre architectes, les divers BE, les entreprises, les économistes, … À partir de fichiers au format PDF 3D et d’IFC4, voire de fichier image en JPEG, Bluebeam sait faire travailler tout le monde ensemble sur le même plan : mesures, annotations, études de prix, etc. Il est proposé en trois licences annuelles, pour des coûts de 240, 300 et 400 €, sans limite de nombre de plans, mais avec une complexité croissante des actions possibles. © Graphisoft

 

 

Enfin, le groupe Nemetscheck a investi dans la start-up norvégienne IMERSO. Son logiciel automatise la comparaison entre un scan laser 3d, réalisé à partir de n’importe quel équipement – Navis, Leica, Faro, etc. – et les plans des concepteurs. IMERSO est extrêmement précis et sait analyser les dimensions d’une ouverture en fonction des objets qui doivent la traverser. Par exemple, il est capable de dire si la réservation à travers un mur ou un plancher permet bien de faire passer le diamètre de canalisation prévu sur le plan. © PP

 

 

 

 

Dans le salon BIM World 2025, l’allée de gauche quand on tournait le dos à l’entrée du hall, était consacrée au congrès-exposition DC World (courant continu). Il s’agissait de la promotion des solutions en courant continu, aussi bien dans les bâtiments que dans les territoires, vantant le numérique associé au courant continu et la réduction des pertes qu’il permet lorsque le bâtiment est équipé d’une installation photovoltaïque. Nous avions déjà décrit ces efforts en décembre 2024, à la faveur de la visite d’un chantier à Lille.

 



Source : batirama.com / Pascal Poggi / © Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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