Couvreuse-zingueuse sur les toits de Paris, une affaire de passion

Travailler le zinc sur les toits de Paris : les femmes aussi y ont accès  ! © Gilles Mermet

Etre jeune, être femme, devenir couvreuse-zingueuse : rien d'incompatible selon Kassandra Couet, qui se forme à l'Eco-campus du bâtiment Grand Paris pour vivre sa vie sur les toits.




À 22 ans, Kassandra Couet a trouvé sa voie. Après un BEP vente (une orientation par défaut pour celle qui voulait d’abord découvrir la mécanique), elle explore divers postes avant de décider de reprendre des études. Elle qui a très tôt bricolé avec son père et a toujours eu envie d’un métier manuel, concret et utile, confie : "Un ami couvreur, passionné par son métier m’en avait tellement parlé que j’ai eu envie de me lancer". Travailler au grand air, voir le monde d’en haut et travailler en équipe l’a très vite convaincue que la couverture était faite pour elle, qui n’a pas été rebutée par les conditions météo possiblement difficiles.

Tout naturellement, elle s’adresse à l’établissement dans lequel son ami s’est formé : "lÉco-campus du Bâtiment Grand Paris, à Vitry sur Seine (94) n’est pas loin de chez moi et il m’en avait vanté les avantages. J’ai opté pour la formation en un an en apprentissage, à l’issue de laquelle j’obtiendrai un Titre pro de couvreur-zingueur."

 

Kassandra Couet, une jeune-femme discrète mais très volontaire et passionnée, ici dans l’atelier de l’Éco-campus du bâtiment Grand Paris. ©Ecocampus

 

 

 

L’apprentissage, une plongée immédiate dans l’action

Depuis octobre dernier, Kassandra Couet, seule femme de sa promotion, suit donc les cours une semaine sur quatre à l’Éco-campus. "Nous passons trois semaines en entreprise, ce qui permet d’être rapidement au cœur du métier. Je n’ai eu aucun mal à trouver une place d’apprentie, j’ai même eu le choix entre trois propositions. Les entreprises de couverture sont très demandeuses. Et le fait d’être une femme ne m’a en rien désavantagée. Je n’ai jamais rencontré de femme exerçant ce métier et j’appréhendais un peu de ne pas être aussi capable que les hommes de porter des charges ou de réaliser certaines tâches mais je me suis vite rendu compte qu’il n’en était rien."

 

Pour Kassandra Couet : "Même si le métier est encore surtout masculin, il est à la portée des filles qui ont envie de travailler à l’extérieur et en hauteur. Elles en sont tout à fait capables et ne doivent pas hésiter." © Gilles Mermet

 

 

 

Reçue à bras ouverts

Très bien accueillie au sein de l’entreprise BYP de Combs-la-Ville (77), une PME de charpente-couverture comptant onze salariés, la jeune femme a été immédiatement intégrée, appréciant particulièrement qu’aucune différence ne soit faite entre elle et les hommes de l’équipe : "dès le premier contact, je me suis sentie à l’aise avec les gérants comme avec les ouvriers.

Tout l’intéresse, dans ses activités : "Nous partons du dépôt chaque matin pour rejoindre le chantier du moment. Nous réalisons en particulier la réfection de toits en zinc d’immeubles parisiens mais je suis aussi intervenue sur des toits en tuile ou en ardoise. L’entreprise pratique toutes sortes de travaux, depuis les gros chantiers de rénovation de toits complets jusqu’aux “dépannages” chez des particuliers avec lesquels nous échangeons aussi ; c’est enrichissant. Redonner vie aux toitures est très valorisant et même si j’aime apprendre tous les aspects du métier, j’ai une préférence pour le travail du zinc sous toutes ses formes."

Faisant fi des intempéries, la jeune femme ne se plaint pas non plus de l’effort physique et fait preuve d’un grand enthousiasme. "À vrai dire, je m’attendais à être plus fatiguée par les journées passées sur les toits. Je porte et travaille comme mes collègues et tiens mes horaires sans difficultés particulières."

 

 

 

Un métier très corporatif

Le travail en équipe est une dimension importante pour Kassandra. En binôme avec son maître de stage, avec parfois un compagnon supplémentaire, elle apprend les ficelles du métier. "Il arrive que plusieurs équipes travaillent sur le même toit. L’entente est forte et la confiance est là, c’est très appréciable. Nous sommes deux apprentis de la même classe à avoir intégré l’entreprise, qui nous forme dans l’objectif de nous embaucher par la suite." Elle envisage donc l’avenir sereinement : "Je me sens bien chez BYP, donc aucune raison de chercher ailleurs un poste de couvreuse-zingueuse !"

La jeune femme n’envisage pas pour le moment de poursuivre ses études : "j’ai envie de travailler et je sais que je pourrai revenir au CFA pour un complément de formation si je le souhaite." C’est le cas de certains jeunes couvreurs qui après un ou deux ans en entreprise éprouvent le besoin d’approfondir leurs connaissances, par exemple avec un BP qui permet notamment d’aborder certaines techniques propres aux Monuments historiques.

 

Quel que soit le chemin choisi, la couverture est un secteur en tension depuis des années, qui offre des opportunités pour les compagnons qui souhaitent voir du pays et varier les expériences.© Écocampus

 

 

 

L’éco-campus de Vitry

Ouvert en août 2022, l’éco-campus de Vitry-sur-Seine regroupe trois CFA franciliens du bâtiment (couverture-plomberie, électricité et peinture-finitions). Sur les 1 050 apprentis en formation actuellement, 200 apprennent la couverture, en CAP, Mention complémentaire ou BP, des formations dépendant de l’Éducation Nationale. Le Titre pro suivi par Kassandra est quant à lui rattaché au Ministère du travail. Cette formation s’adresse plutôt aux personnes en reconversion professionnelle qui disposent des connaissances générales de base et souhaitent acquérir des savoirs techniques en couverture.

 

Le contingent important d’élèves couvreurs de l’Éco-campus participe à pourvoir une partie des quelque 500 postes en permanence vacants dans la région parisienne. © Écocampus

 

 

 

Sur les toits : un métier invisible

Le savoir-faire des couvreurs-zingueurs des toits de Paris, inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis décembre 2024, reconnaît l’activité comme métier d’art, ce qui devrait avoir des effets positifs sur les candidatures à la formation dans les prochaines années. Mais le métier reste encore trop peu connu des jeunes. De nombreuses actions sont menées pour le faire découvrir, avec des retombées positives, puisqu’une quatrième classe de CAP première année a été ouverte à la dernière rentrée.

Ateliers flambant neufs, équipements qui font la part belle aux nouvelles technologies (par exemple 15 postes de fers à souder à l’hydrogène) : la formation est à la page des évolutions techniques de la construction et de l’innovation.

 

Maquette de comble à la Mansart qui reproduit ce que les futurs couvreurs rencontreront sur les toits des immeubles haussmanniens. © Écocampus

 

 

 

Couvreur-zingueur : un métier d’art

Le savoir-faire des couvreurs zingueurs parisiens et des ornemanistes classé au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en décembre 2024 : une reconnaissance prestigieuse qui honore internationalement deux métiers d’art français.

C’est le fruit de sept ans de mobilisation de la part du GCCP, syndicat des entreprises de génie climatique et de couverture plomberie de Paris, appuyé par le ministère de la Culture et par un comité de soutien dynamique. Ce label est une grande fierté pour ces femmes et ces hommes, qui œuvrent au quotidien sur les toits de Paris, un patrimoine né au 19e siècle et reconnu dans le monde entier auquel ils sont attachés.

"Cette inscription à l’UNESCO va permettre de mettre en lumière ces métiers d’art français et surtout, de susciter des vocations car il manque actuellement plus de 500 jeunes couvreurs formés à Paris et des milliers dans toute la France", se félicite Edouard Bastien, le président du GCCP.

 

L’Éco Campus à Vitry-sur-Seine est l’un des plus grands centres de formation européens des métiers du bâtiment et un exemple phare de la transmission du métier de couvreur. © Écocampus

 



Source : batirama.com / Emmanuelle Jeanson / © Gilles Mermet

L'auteur de cet article

photo auteur Emmanuelle JEANSON
Collaboratrice de longue date de Batirama, elle est journaliste indépendante dans la presse pro du bâtiment et de l’énergie depuis ses débuts dans le métier (qui remontent à la dernière décennie du siècle dernier !). Ses sujets de prédilection : tout ce qui contribue à une construction plus soutenable ; les techniques anciennes remises au goût du jour ; les énergies renouvelables ; aller à la rencontre des artisans et de leur quotidien, mais aussi comprendre les enjeux de l’activité industrielle.
1 Commentaire
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  • par JPH
  • 03/04/2025 19:40:58

Bravo à Kassandra . Je signale à la rédaction que son employeur en alternance est à Combs-la -Ville : il n'ya aps de "e".

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