Stanislas Pottier, président de BBCA, estime que la défiance actuelle envers les thèmes de l’écologie et du climat n’est que passagère, et que le monde redouble d’efforts, notamment en Asie, pour trouver des solutions à la crise climatique. Férielle Deriche, organisatrice du salon Sibca, souligne que le salon Sibca rassemble tous les maillons de la chaîne de l’immobilier bas carbone, de la maîtrise d’ouvrage jusqu’au solutions techniques en passant par la prescription. Elle table pour la 4e édition sur une progression continue du nombre des exposants, estimés à 250, et des visiteurs, évalués à 12 500 ... Des prévisions optimistes présentées quelques heures après le coup de massue économique du Liberation Day américain. Selon Stanislas Pottier, les innovations climatiques viennent plutôt d’Asie (panneaux photovoltaïques, automobiles électriques…) et ne seront pas affectés par les taxes américaines.
La France est en avance technologique face à l’évolution du climat et la prise en compte du carbone dans la construction, soulignée par les avancées européennes de BBCA comme la Low Carbone Initiative, internationalement remarquée. Quand au Cerema, mis en avant dans le cadre de la conférence de presse du 3 avril, le mot d’ordre est l’adaptation au changement climatique et ce nouveau marché de l’adaptation, qui offre "toutes les solutions", incite à l’optimisme.
Férielle Deriche, directrice du Sibca, et Pascal Berteaud, directeur général du Cerema. © Jonas Tophoven
Enfin, les organisateurs du Sibca reviennent dans les murs du Grand Palais qu’ils connaissent si bien. Ils y présentent depuis près de 30 éditions le salon Art Paris qui ouvrait ses portes le 3 avril sous un soleil radieux. C’est pour eux, entre autres, que RMN-Grand Palais a construit le Grand Palais Ephémère, à présent piteusement démonté. Et c’est durant l’épisode GPE que BBCA a confié aux organisateurs d’Art Paris la tâche de développer un salon sur l’immobilier bas carbone, permettant de flanquer la cérémonie annuelle de remises des labels BBCA.
Depuis 2022, les deux premières éditions ont eu lieu au GPE, puis une troisième au Carrousel du Louvre en septembre 2024. À présent, Art Paris, avec le soutien de la capitale qui souhaite défendre son marché de l’art, peut resplendir sous la nef printanière du Grand Palais. La mezzanine a été utilisée pour étendre le champ thématique au design, et donner une chance à de jeunes galeries qui n’y présentent chacune que trois artistes.
Le marché de l’art n’est pas celui de l’immobilier, encore que dans les deux cas, cela concerne tout de même des gens qui ont des sous. La différence, c’est que les acheteurs de l’immobilier prennent des crédits. Les taux relevés semblent avoir provoqué la crise actuelle de l’immobilier. Les dépenses de réarmement allemand devraient faire augmenter encore les taux d’intérêt. Mais si l’inflation que nous promettent les taxes américaines s’en mêle, le crédit baissera de fait et l’investissement "dans la pierre" reprendra des couleurs. Surtout s’il se place en conformité avec l’évolution climatique, comme le soulignent les labels BBCA. Stanislas Pottier n’a pas voulu se perdre dans de telles conjectures. Pour autant, le succès du Sibca dépend aussi de celui du marché de l’immobilier.
Férielle Deriche et Sherly Alcin conseillère territoriale, déléguée au climat et à l'éducation à l'environnement. © Jonas Tophoven
Petite surprise de la conférence de presse du 3 avril, le plaidoyer du patron du Cerema pour l’adaptation au changement climatique. Jusqu’à présent, le salon de l’immobilier bas carbone s’inscrivait pleinement dans l’atténuation : construire avec moins de carbone pour limiter le réchauffement. D’ailleurs, Stanislas Pottier l’a bien rappelé, le label BBCA se dédie uniquement et précisément à la comptabilité carbone. Et donc pas à l’adaptation qui est devenu depuis un an la tarte à la crème de la politique alternative à l’atténuation. Au point que l’on se demande si les propositions sénatoriales de regrouper entre autre l’ADEME et le Cerema ne sont pas tellement dues à la volonté mise en avant de ne pas financer à fonds publics des doublons de recherches, mais qu’il s’agit d’une transposition du débat actuel entre le monde dispendieux de l’atténuation (ADEME), et le nouveau monde radieux de l’adaptation. Cerema a créé en 2023 une démarche ABCD (Adaptation du Bâtiment au Climat Déréglé). La confrontation avec le label BBCA, au Sibca, sera intéressante, sachant que les climatologues soulignent les limites étroites de l’adaptation, l’importance de la porter en association avec une lutte intense contre le dérèglement climatique, et la réduction drastique des émissions de carbone tout de suite.
La nouvelle présence de l’association Hors-Site au Sibca se comprend par l’origine immobilière des initiateurs de la Charte du même nom. Cependant, la proximité entre une démarche bas carbone et une démarche hors-site reste à mesurer, notamment pour la construction modulaire, en commençant par son adéquaton avec la RE2020. Justement, il n’était pas question de la RE2020 à la conférence de presse, peut-être pour ne pas semer des incertitudes. Car la remise au gouvernement des conclusions d’une analyse diligentée sur l’efficacité de la RE2020 est prévue pour juin prochain, alors que la RE2020 version 2025 doit être étendue notamment au bureaux et à d’autres secteurs de la construction dans le courant de l’été. La RE2020 est jusqu’à présent un propulseur de la comptabilité carbone dans la construction, mais si elle venait à disparaître, le label BBCA redeviendrait l’unique indicateur de performance dans un cadre volontaire qui lui sied bien.
La Lounge VIP de Ruinard avec des sculptures orientées bois de Lélia Demoisy. © Jonas Tophoven
L’autre point fort de la conférence de presse du 3 avril était la Guyane. Nouvelle surprise ! Jusqu’à présent, le salon Sibca était plutôt métropolitain, de même que le label BBCA. Pour autant, la population guyanaise croît rapidement et les logements y manquent plus qu’ailleurs. La crise climatique y est un peu taboue, mais la Guyane tente de mettre sur pied, pour la jeunesse désemployée, des Jeunes Ambassadeurs pour le Climat. À la clef, une délégation de 20 personnes devrait assister au Sibca en septembre 2025, et La brique de Guyane retourner au Grand Palais après sa prestation au Forum Bois Construction en février dernier.
Anastomose de Lélia Demoisy en châtaignier. © Jonas Tophoven
Le 24 avril, Art Paris aura plié bagage au profit du salon annuel ChangeNOW. Ce salon, qui dépasse de loin les enjeux du bâtiment, s’inscrit dans le 10e anniversaire des Accords de Paris (non mis en avant dans la conférence du Sibca) et complète l’affiche environnementale du programme général du Grand Palais avec le Sibca et le Forum International Bois Construction, ce dernier venant d’annoncer son maintien au Grand Palais pour une 15e édition du 25 au 27 fébrier 2026. Si le Grand Palais Ephémère n’avait pas été démonté, il aurait pu devenir le temple des manifestations climatiques, pour ainsi dire le pendant national de l’Académie du Climat parisienne. Le Grand Palais, malgré son ambiance magique, ne le permet pas vraiment. Les événements chics sans répit ne laissent que peu de place à la mobilisation. Sauf si la crise que pourrait engendrer le 2 avril 2025 les fassent devenir obsolètes.
Construction Durable
Le Salon de l’immobilier bas carbone prépare pour début septembre 2025 une 4e édition qui occupera une grande partie de la nef du Grand Palais.